Cela fait maintenant plus de 15 ans que j’utilise des logiciels libres Logiciels libres Les logiciels libres laissent la liberté aux utilisateurices d’utiliser le programme, mais aussi de le copier et le distribuer. Les utilisateurices ont aussi le droit et la liberté d’en étudier le fonctionnement, de l’adapter à leurs besoins et de partager leurs modifications. On les appelle ainsi en opposition aux logiciels dits propriétaires, qui ne peuvent être partagés, modifiés ou utilisés à d’autres fins que celles strictement prévues par les concepteurices. On les différencie aussi des logiciels open source dont le code est lui aussi accessible, mais moins pour assurer des libertés fondamentales aux utilisateurices que pour en faciliter le développement. . J’y suis venue seule, par goût, par curiosité. J’y suis restée par conviction. Si ce n’est pas toujours facile d’en faire la promotion, il est un domaine où je fais face à une résistance très forte à ces outils : le milieu professionnel.
Pour vous donner un contexte, cheres lecteurices, je suis chercheuse contractuelle à l’Université, ce qui signifie que je suis payée par un organisme extérieur pour faire de la recherche scientifique.
On pourrait croire que d’autres chercheures soient, comme moi, sensibles aux questions de propriétés des données et d’indépendance face aux GAFAM Gafam Acronyme reprenant les initiales des multinationales géantes du web (Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft). Le terme évoque par extension les problèmes politiques que posent ces compagnies : monopoles économiques, grandes fortunes des dirigeantes et précarité des conditions de travail des employées les moins qualifiées, omniprésence de leurs outils, rétention et exploitation des données personnelles, surveillance, capacité d’influence des décisions politiques et domination complète de la société numérique des câbles physiques aux contenus, des programmes aux appareils. . Attaché aux libertés académiques, le monde de la recherche devrait l’être aussi aux libertés informatiques.
La réponse est malheureusement non, ce que va vous montrer cette courte histoire. Amies libristes, je vous préviens d’avance, c’est assez déprimant.
Un jour, j’ai rejoint un projet de recherche qui avait déjà implémenté des solutions libristes. Oh surprise, oh joie, NextCloud NextCloud NextCloud est un logiciel de gestion de services de stockage et d’édition à distance. À la différence de Google Drive, Nextcloud vous permet de configurer ce service à votre guise ou d’auto-héberger vos données. C’est un logiciel libre qui est utilisé par les associations et autres structures souhaitant disposer d’un espace autonome de stockage de leurs données. par ici, kit collaboratif par là, les petits artisans du web étaient au cœur de l’architecture technique de notre projet. Ça parait peu, mais c’était déjà beaucoup, moi qui étais habituée à un regard dédaigneux de la part de collègues hautement non qualifiées dans le domaine et qui partaient du principe, que non, il n’y avait rien de mieux que leurs solutions de cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. privées. Pourtant, posséder son propre cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. , c’est garantir une confidentialité et un contrôle total sur nos données que les entreprises privées sont incapables de vous offrir (si c’est gratuit, c’est que c’est nous le produit…).
Ma joie fut de courte durée. Voilà comment, selon moi, tout s’est effondré.
Protéger les données collectées
Faut-il travailler sur des sujets hautement délicats comme les codes de l’arme nucléaire ou la recette originale de la pâte à crêpe pour se préoccuper de la protection de sa vie privée ? Apparemment oui.
Nous collectons dans le cadre de ce programme, un certain nombre de données sensibles comme le genre, l’âge, les habitudes de consommation de nos enquêtées, bref des choses plutôt privées que personnellement je n’aimerais pas voir traîner.
Une solution comme un NextCloud NextCloud NextCloud est un logiciel de gestion de services de stockage et d’édition à distance. À la différence de Google Drive, Nextcloud vous permet de configurer ce service à votre guise ou d’auto-héberger vos données. C’est un logiciel libre qui est utilisé par les associations et autres structures souhaitant disposer d’un espace autonome de stockage de leurs données. hébergé localement nous garantissait une propriété totale des données. Si je ne suis pas une experte en sécurité, je peux au moins être sûre que pour ma part, je n’aimerais pas que ce type de données soient captées commercialement, comme c’est le cas si elles sont hébergées en clair, c’est à dire sans être chiffrées, chez quelqu’un d’autre, et pire encore, dans un autre pays avec une sécurité juridique tout à fait différente que celle de l’Union Européenne... Encore une fois, notre apathie générale face à ces questions fait les affaires des GAFAM Gafam Acronyme reprenant les initiales des multinationales géantes du web (Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft). Le terme évoque par extension les problèmes politiques que posent ces compagnies : monopoles économiques, grandes fortunes des dirigeantes et précarité des conditions de travail des employées les moins qualifiées, omniprésence de leurs outils, rétention et exploitation des données personnelles, surveillance, capacité d’influence des décisions politiques et domination complète de la société numérique des câbles physiques aux contenus, des programmes aux appareils. .
Un seul être vous manque...
Si ces solutions avaient été implantées, c’est avant tout dû à l’initiative et l’ambition d’une collègue, qui a proposé ces outils dès le démarrage du projet. Elle savait à qui s’adresser, vers qui remonter lorsqu’un problème se posait. Et surtout c’était quelque chose d’important pour elle, autant que pour moi. Malheureusement, cette collègue a dû mettre en pause sa participation au projet et d’un coup, j’ai perdu mon alliée en interne pour défendre cette proposition libre et autonome.
Car il vous faudra un nombre d’alliées suffisant non seulement pour instaurer mais aussi pour maintenir ce type de proposition alternative dans le cadre professionnel.
Efficace les logiciels libres Logiciels libres Les logiciels libres laissent la liberté aux utilisateurices d’utiliser le programme, mais aussi de le copier et le distribuer. Les utilisateurices ont aussi le droit et la liberté d’en étudier le fonctionnement, de l’adapter à leurs besoins et de partager leurs modifications. On les appelle ainsi en opposition aux logiciels dits propriétaires, qui ne peuvent être partagés, modifiés ou utilisés à d’autres fins que celles strictement prévues par les concepteurices. On les différencie aussi des logiciels open source dont le code est lui aussi accessible, mais moins pour assurer des libertés fondamentales aux utilisateurices que pour en faciliter le développement. ? Mais semble-t-il pas assez !
Enfin vient la fameuse critique, le son strident et geignard « ÇA MARCHE PAS », ou en tout cas « ça marche parfois moins bien ».
Effectivement, c’est un fait, NextCloud
NextCloud
NextCloud est un logiciel de gestion de services de stockage et d’édition à distance. À la différence de Google Drive, Nextcloud vous permet de configurer ce service à votre guise ou d’auto-héberger vos données. C’est un logiciel libre qui est utilisé par les associations et autres structures souhaitant disposer d’un espace autonome de stockage de leurs données.
n’est pas soutenu par une armée de développeurs comme Google, et les petits hébergeurs indépendants ne disposent pas de gigantesques fermes de serveurs suréquipées. Mais est-ce vraiment nécessaire ?
Dans notre projet, nous avons eu un soucis, un tout petit soucis de ralentissement sur notre serveur. Il a fallu que je dise à ma collègue de simplement envoyer un mail à la personne qui nous avait installé notre cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. (une vraie personne, bien réelle !) pour la prévenir du problème. Mail envoyé, problème réglé.
Mais c’est comme si nous étions habituées à ce que tout se fasse seul. Qu’est-ce que cela dit de notre rapport aux outils, entre mysticisme et passivité ? Si ton vélo tombe en panne, vas-tu attendre qu’une technicienne arrive miraculeusement pour te le réparer sans même demander de l’aide ? Ou vas-tu regarder ton vélo, voir si tu peux faire quelque chose puis te rendre chez une réparateurice ou demander à une amie de t’aider ?
Derrière cette critique de l’efficacité se cache peut-être un enjeu de rapport à nos outils, trop magiques pour certains, qui les empêchent de voir qu’un ordinateur, un programme, tout comme un vélo, parfois ça casse, mais ça se répare aussi.
L’élargissement de l’équipe n’a pas fait du bien à nos outils
Enfin, la dernière estocade qui pour moi a été fatale à l’implémentation de ces outils, c’est l’élargissement de l’équipe. Nous avions une plateforme de communication, mais l’équipe a préféré
« laisser le choix » aux nouvellesaux membres d’en choisir une autre.
Le choix fut vite fait : ce sont les solutions des GAFAM
Gafam
Acronyme reprenant les initiales des multinationales géantes du web (Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft). Le terme évoque par extension les problèmes politiques que posent ces compagnies : monopoles économiques, grandes fortunes des dirigeantes et précarité des conditions de travail des employées les moins qualifiées, omniprésence de leurs outils, rétention et exploitation des données personnelles, surveillance, capacité d’influence des décisions politiques et domination complète de la société numérique des câbles physiques aux contenus, des programmes aux appareils.
qui ont primé, plus « pratiques » car déjà installées et immédiatement disponibles.
Apathie encore, mais aussi confort, fatigue des uns et des autres face à l’idée de devoir apprivoiser une nouvelle plateforme.
Et le RGDP ?
Ainsi, lentement mais inexorablement, toute l’architecture libriste Libriste Personne attachée aux valeurs, culture et usages associés aux logiciels libres. Ces personnes peuvent participer à leur promotion, leur fabrication, leur diffusion, à l’assistance des utilisateurices ou simplement les utiliser. de notre projet a été balayée. Désormais, je brandis comme une menace le RGPD RGPD Le règlement général sur la protection des données est un règlement de l’Union européenne qui constitue le texte de référence en matière de protection des données à caractère personnel. Il renforce et unifie la protection des données pour les individus au sein de l’Union européenne. (Wikipédia) pour expliquer qu’on ne peut pas tout balancer sur Google Drive et qu’à minima, nous devrions utiliser la solution interne de l’Unif – qui ne vous en faîtes pas est aussi le produit d’un GAFAM Gafam Acronyme reprenant les initiales des multinationales géantes du web (Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft). Le terme évoque par extension les problèmes politiques que posent ces compagnies : monopoles économiques, grandes fortunes des dirigeantes et précarité des conditions de travail des employées les moins qualifiées, omniprésence de leurs outils, rétention et exploitation des données personnelles, surveillance, capacité d’influence des décisions politiques et domination complète de la société numérique des câbles physiques aux contenus, des programmes aux appareils. ...
Le fait est que je n’ai pas trouvé le(s) levier(s) qui ferai(en)t adopter les logiciels libres Logiciels libres Les logiciels libres laissent la liberté aux utilisateurices d’utiliser le programme, mais aussi de le copier et le distribuer. Les utilisateurices ont aussi le droit et la liberté d’en étudier le fonctionnement, de l’adapter à leurs besoins et de partager leurs modifications. On les appelle ainsi en opposition aux logiciels dits propriétaires, qui ne peuvent être partagés, modifiés ou utilisés à d’autres fins que celles strictement prévues par les concepteurices. On les différencie aussi des logiciels open source dont le code est lui aussi accessible, mais moins pour assurer des libertés fondamentales aux utilisateurices que pour en faciliter le développement. à une communauté qui n’est pas déjà acquise à la cause. Cet échec est riche en enseignements sur ce qui ne fonctionne pas. La question est donc, sur quoi devons-nous insister pour faire adopter ces outils et surtout pour les maintenir dans le temps ?
Librement vôtre,
