À la vente du « NFT NFT Les « NFT », « jetons non-fongibles » (de l’anglais non-fungible token), sont des certificats de propriété numériques permettant de rendre uniques des œuvres d’art qui ne le sont pas par essence, notamment des fichiers numériques qui peuvent être copiés, reproduits à l’infini. » de l’œuvre numérique de Beeple intitulée Everydays : the First 5 000 Days, les « jetons non-fongibles » ont suscité un vent de folie dans les milieux de l’art. Tout comme n’importe quel autre engouement spéculatif, cette frénésie s’est quelque peu calmée, mais reste un enjeu du marché artistique.
Le livre de Marion Carré et Frédéric de Senarclens, Propos sur les NFT dans le monde de l’art, se propose de faire le point sur le sujet en une centaine de pages.
Il existe plusieurs catégories de NFT culturels : les NFT art, les gamings (sur le jeu vidéo, en général des items qui servent à avancer dans un jeu), les collectibles (sur les objets à collectionner à la manière des cartes Pokémon≈), les metavers, et les utilities.
Ceux qui intéressent les auteurices ici, sont donc les NFT art. Ils peuvent être associés à toute sorte d’expression artistique, de la performance à la musique, du numérique à la peinture, du design à la bande dessinée. Ils ont même généré une nouvelle catégorie artistique, celle du « crypto-art ». Issus du graphisme, de la publicité, les « crypto-artistes » jouent en dehors du marché traditionnel de l’art et ne visent que les « crypto-investisseur..ses ». Contrairement à des artistes plus traditionnels, les crypto-artistes semblent avantagées dans cet espace économique : i..els en maîtrisent les codes et surtout les moyens de communication nécessaires pour que l’émission d’un NFT fonctionne.
Carré et de Senarclens retracent cette courte mais très active histoire, ses déclinaisons actuelles (qui produit des NFT) et pointent les fragilités de cet engouement spéculatif. Ils décrivent les pratiques associées à cette technologie et évaluent son poids dans le marché général de l’art tout en posant la question, au-delà des cas retentissants : les NFT permettent-ils une meilleure rémunération des artistes ? On voit bien que le marché des NFT est surtout un espace de spéculation pour les ayants droits et met en œuvre une conception particulière de l’art liée à la propriété et l’exclusivité.
Cependant, les nouvelles pratiques en réseaux basées sur les simulateurs d’intelligence humaine connectés (IA) et la décentralisation génèrent de nouvelles pratiques à prendre en compte : de l’art génératif≈, des bots artistiques≈, etc., qui viennent bousculer les certitudes et habitudes. Qu’est-ce qu’une œuvre originale à ce compte ? Qui sont les nouveaux entrants dans cet écosystème économique ? Quel rôle incombe aux instances traditionnelles (institutions culturelles, galeries, maisons de vente…) de légitimation et de transaction ?
Les NFT posent par ailleurs différents problèmes : techniques, de sécurité et environnementaux. Ces dimensions ne viennent-elles pas exacerber des travers déjà présents dans les mondes culturels et artistiques ?
Impliqué..es à la fois dans les mondes artistiques, culturels et technologiques, Carré et de Senarclens ont une bonne maitrise et connaissance du secteur, des acteur..ices et des enjeux, faisant de ce petit livre une référence en la matière.