Le mouvement #ConnectingGaza est un élan de solidarité né sur les réseaux sociaux, appelant à l’achat d’eSims prépayées pour permettre aux gazaouies de rester connectées, malgré les blackouts communicationnels provoqués par l’armée israélienne. Pourtant l’association libanaise de défense des droits digitaux SMEX alerte (1). Les eSims sont largement imparfaites et dangereuses et accroissent les risques de surveillance, même si elles ont rendu aux agences de secours, journalistes et citoyennes des services cruciaux.
Mais qu’est-ce qu’une eSim ? C’est une version logicielle de la carte fournie par votre opérateur de téléphonie mobile pour vous permettre de vous connecter à ses réseaux GSM et Internet. La principale différence entre les deux, c’est que l’eSim ne nécessite pas l’ajout d’une carte externe, car la chip, plus petite, est directement soudée (on dit embarquée) dans l’appareil ce qui lui permet de prendre peu de place.
Pour se connecter à un opérateur on achète alors une « carte virtuelle », un code QR qu’on scanne pour accéder au site du fournisseur et qui délivre un code d’activation permettant de rendre opérationnelle cette carte interne. Ce code peut alors être transmis à autrui pour connecter son eSim à un réseau. Cette technologie, qui existe depuis 2012, n’a été implantée que récemment dans les ordiphones, d’abord par Apple, en 2018, suivi ensuite par d’autres constructeurs.
Face aux blackouts, des groupes internationaux se sont organisés pour acheter des eSims, et envoyer leurs codes d’activation à Gaza. Cependant, ce projet solidaire pose différents problèmes techniques : tous les smartphones ne supportent pas cette technologie et il faut pouvoir accéder à une tour de téléphonie mobile assez puissante pour que le procédé fonctionne. Or, la bande de Gaza repose pour ses communications essentiellement sur les connexions filaires et ne dispose que de la 2G – dans les endroits qui sont encore connectés. Malgré cela, l’achat et la distribution massive d’eSims a permis et permet toujours à de nombreuxses palestiniennes de rester en contact avec leurs proches, de s’informer, étudier ou communiquer sur leur quotidien sous les bombes via les points de connexion égyptiens ou israéliens.
Toutefois, tout comme pour les cartes sims normales, elles permettent aux opérateurs de disposer de nombreuses informations à votre sujet, comme votre emplacement (rappelez vous l’empressement durant le COVID des opérateurs à transmettre leurs données (2) aux autorités cherchant à s’assurer du respect du confinement). Mais là où une carte sim, s’enlève, se jette, se détruit,… les eSims conservent des données des anciennes propriétaires stockées dans leur logiciel. Elles rendent aussi leurs utilisateurices vulnérables à la prise de contrôles à distances de leurs smartphones, mais aussi, via de faux profils eSims, à l’interception de l’ensemble de leurs communications (3). Comme elles sont embarquées, elles rendent les téléphones encore plus traçables.
#ConnectingGaza une fausse bonne idée ?
