Domaine Public, plus de vingt ans de services en logiciels libres Logiciels libres Les logiciels libres sont des logiciels dont les utilisateurices ont la liberté d’utiliser le programme, de le donner à d’autres et de le copier. Les utilisateurices ont aussi le droit et la liberté d’en étudier le fonctionnement et de l’adapter à leurs besoins et partager leurs modifications. On les appelle ainsi en opposition aux logiciels dits propriétaires, qui ne peuvent être partagés, modifiés ou utilisés à d’autres fins que celles prévues. On les différencie aussi des logiciels open source, dont le code est lui aussi accessible, mais moins pour assurer des libertés fondamentales aux utilisateurices que pour en faciliter le développement. pour ses membres
Domaine Public a été créée en 2002 par un groupe de militantes désireuxses de mutualiser les coûts de location de serveurs et de gestion des services en ligne dont iels avaient besoin, afin de pouvoir être autonome et de pouvoir les proposer à d’autres collectifs. L’objectif étant de pouvoir offrir à toustes, y compris aux
non-spécialistes, l’accès à la libre diffusion de l’information sur internet (à l’époque, nous sommes avant les plateformes de publications aux interfaces intuitives, avant les blogs créés en un clic et les médias sociaux suivis en un tapotement de doigts). Le logiciel libre – logiciel que la licence requiert de pouvoir utiliser, étudier, modifier, dupliquer et diffuser – s’impose, d’abord pour garder la main sur l’infrastructure et les services proposés et ne pas laisser internet aux entreprises et logiciels propriétaires, ensuite pour garantir aux utilisateurices qu’il n’y a pas de profilage ni d’exploitation de leurs données.
Désireuse de s’extraire d’un internet commercial et centralisé, l’association se définit comme une « structure d’hébergement internet non-marchande, indépendante et gérée collectivement par l’ensemble de ses membres ». Quelques années plus tard, elle se formalise en asbl (association sans but lucratif) : les services principaux (clouds complets ou comptes d’hébergement) sont réservés à ses membres en échange d’une cotisation annuelle, tandis qu’une série de services
annexes sont disponibles gratuitement (audio et visioconférences, blocs-notes collaboratifs…).
Le projet est d’abord maintenu par des bénévoles, notamment des employées de Tactic asbl qui consacrent une partie de leurs temps à Domaine Public. En 2019, est embauché un mi-temps, notamment pour soulager le travail administratif et écrire de la documentation. Avec plus de 700 comptes d’hébergement et près de 300 clouds d’associations, de collectifs et de personnes diverses, les cotisations
doivent suffire à payer les frais de fonctionnement : achats de serveurs, location d’emplacements dans le centre de données et salaires. Mais avec des cotisations volontairement basses, pour que les services restent accessibles à un maximum d’associations et de collectifs, ce n’est pas toujours évident.
Nubo, des services en ligne du quotidien et l’expérience d’un modèle coopératif
Peu après la création des CHATONS (voir ci-après), des personnes se sont rassemblées à Bruxelles pour créer une structure qui intégrerait le collectif. En 2019, Nubo est créée par cinq associations (Abelli, Cassiopea, Domaine Public, Neutrinet, Tactic) et une coopérative (Nestor), toutes actives dans la promotion d’un internet libre et
décentralisé
Décentralisé
Décentralisation
On parle de décentralisation ou de services décentralisés pour caractériser des services en ligne qui permettent à des opérateurs ou utilisateurices de cogérer les services depuis une multitude de serveurs, parlant entre eux un langage commun. Un exemple classique de service avec ce type d’architecture est l’email : une personne ayant une adresse mail chez Nubo en @nubo.coop peut écrire à une personne ayant une adresse chez Google en @gmail.com parce que les protocoles d’envoi et de réception sont les mêmes. Dans un contexte où les grandes plateformes – celles des GAFAMs – proposent des services « centralisés », obligeant toustes les utilisateurices à passer par leurs propres serveurs et à respecter leurs uniques conditions d’utilisation, des services décentralisés garantissent plus d’autonomie aux utilisateurices pour contrôler l’usage fait de leurs données.
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Bien que militant pour « autre chose » que les services privateurs irrespectueux de la vie privée, le constat était qu’il n’était pas évident
de proposer des solutions alternatives concrètes au grand public, au-delà des personnes touchées par les associations. La volonté était double : s’ouvrir à ce (très) grand public avec les services de base du
quotidien et démontrer qu’il était possible de construire une alternative qui ne repose pas sur du bénévolat.
En Belgique, la forme coopérative a permis de proposer un modèle économique qui laisse à ses membres le contrôle de l’infrastructure qui héberge leurs données. D’un côté, celleux qui souhaitent des
services en ligne éthiques et respectueux peuvent, ensemble, contribuer pour acheter les serveurs, payer les personnes qui s’en occupent et subvenir aux diverses charges nécessaires à la vie de la structure. De l’autre, ayant des parts, les coopérateurices sont copropriétaires (chaque part étant, en quelque sorte, une partie des disques durs qui contiennent les données) et codécideureuses dans la structure (par les assemblées générales).
Les services de base sont du mail et du cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. (un espace de stockage en ligne qui permet ici de gérer fichiers, photos, carnets d’adresses, agendas…).
La boite mail est souvent à la base de nos identités en ligne et la porte d’entrée vers de nombreux autres services. Quant au cloud, parfois invisibilisé derrière les synchronisations automatiques des téléphones, il est devenu tout aussi omniprésent. Mail, cloud (ou drive), agendas, carnets d’adresses, suite bureautique en ligne, les premières briques pour s’extraire des services de Google, d’iCloud, d’Out-
look, Hotmail et consort sont en place !
En 2021, les services sont ouverts. À partir de là, ce sont les abonnements qui doivent financer la maintenance, les salaires et les évolutions nécessaires de la coopérative. Augmentant progressivement, ils doivent à terme assurer la pérennité de la structure. Mais même si, chaque mois, une quinzaine de personnes rejoignent le projet, le premier palier souhaité de 2000 abonnements permettant son financement serait atteint… après 2030.
À l’heure actuelle, Nubo, compte bientôt 1000 coopérateurices et plus de 700 abonnements. Mais le projet qui voulait démontrer qu’il était possible de construire une alternative sans reposer sur du bénévolat se résout pour l’instant à en dépendre pour une grande partie du travail.
