Vous souvenez-vous de ce petit personnage sur la couverture de notre numéro 3 qui, les mains sur les yeux, au milieu du marché, s’exclamait « comment ça, internet c’est des tuyaux sous l’océan » ?
Derrière la gratuité, qu’interrogeait ce précédent numéro, s’esquissait une autre question : un service n’est jamais complètement gratuit, entre autres parce que on fonctionnement, et son existence même, nécessite une certaine infrastructure matérielle pour fonctionner : des machines, de l’énergie…
Des nuage Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. s sous-marins ?
Pour beaucoup d’entre nous, pourtant, cette vision de ce qui se joue derrière nos écrans ne va pas de soi. Et pour cause : une large part de l’iconographie et du vocabulaire associés au numérique véhiculent d’autres représentations. L’omniprésence du « sans-fil » et l’usage massif du « cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. » pour stocker nos documents concourent à rendre impalpables des technologies qui pourtant engagent une importante techno-structure faite de machines, de câbles et de disques de stockage.
Par ailleurs, l’informatique, le web WEB Le web est un protocole spécifique de l’internet, permettant au départ d’accéder à des sites web ou des ressources spécifiques, notamment au travers d’un système d’hyperliens renvoyant vers ces ressources. ≈, toute cette technologie qui permet des échanges qui semblent instantanés conserve une aura de magie, une dimension presque surnaturelle, dont la compréhension nous semble inaccessible, qui nous empêche aussi de nous intéresser au tangible.
À l’encontre de la vision d’un numérique dématérialisé, le dossier du présent numéro invite à explorer la matérialité des infrastructures qui se déploient derrière nos écrans, puis derrière nos modems et box internet, à suivre les câbles au-delà de nos habitations, et sous les océans, jusqu’aux gigantesques centres de données vers lesquels viennent s’échouer nos connexions.
Souffrances et pollutions
Ouvrir la boîte noire de la matérialité du numérique, c’est aussi prendre en considération les impacts sociaux et environnementaux engendrés par la production des machines et des appareils, et notamment l’extraction des minerais nécessaires à leur conception. Fermer les yeux sur ce qui se joue derrière nos écrans, c’est aussi se bercer dans l’illusion d’une croissance infinie, ignorant les limites planétaires. C’est pourquoi ce numéro explorera aussi ce que le numérique fait à celleux qui vivent dans les régions du monde où les mines tuent et défigurent le paysage, en donnant un aperçu de la réalité morbide qu’il entraîne à l’est du Congo.