Numéro 4

Internet au croisement des luttes : équiper les sans-papiers en Région bruxelloise

Vendredi 13 septembre 2024. Ixelles.

«  Ah, vous êtes les techniciens  !  ». Au bout d’un très long couloir, nous apercevons une personne courir vers nous en nous faisant signe. Nous sourions, n’ayant pas l’habitude d’être appelées comme ça : «  Euh oui, si on veut… Nous sommes de Neutrinet. On nous a dit qu’il n’y avait plus internet  ?  ». Une semaine plus tôt, nous avions installé ici une nouvelle connexion internet avec une meilleure bande passante que la précédente. Nous avions pourtant pris soin de vérifier que la connexion était fonctionnelle.

Arrivant à notre hauteur, la personne remarque : «  Mais, on se connaît  ! J’étais à l’occupation à Molenbeek  ». Effectivement, il s’agit de Mohammed que nous avions déjà croisé en février dans une autre occupation près de la station de métro Ribaucourt. Là, nous avions installé une connexion internet avec une antenne wifi pour que tout le monde dans l’immeuble puisse capter internet. Visiblement, iels ont dû déménager depuis lors pour rejoindre ce bâtiment-ci à Ixelles, où vivent déjà une septantaine de personnes sans papiers.

À l’époque, nous n’avions cependant pas les moyens pour venir placer des antennes wifi dans tout l’immeuble. Les habitantes font donc comme iels peuvent pour amener la connexion du local technique où se trouve la box internet jusque dans leurs chambres, réutilisant en partie l’infrastructure câblée qui circule dans les goulottes des murs lorsqu’elle est encore fonctionnelle, ou en tirant d’autres câbles au travers des étages. Une fois la connexion accessible par câble dans leur chambre, iels y installent un routeur wifi qu’iels ont soit trouvé, soit acheté, et partagent la connexion avec leurs voisines de palier.

En nous penchant sur le gros switch switch Un switch est un appareil 
réseau permettant d’interconnecter plusieurs équipements réseau 
à l’aide de câbles. En fonction 
de sa taille, le nombre de ports 
peut varier. d’où partent ces câbles dans le local technique, nous comprenons assez vite que le problème vient probablement de l’un de ces routeurs. S’ils peuvent être utilisés pour étendre un réseau existant, ils sont à l’origine prévus pour gérer l’accès internet de leurs propres réseaux. Mal branchés ou mal configurés, ces appareils tentent donc par défaut de faire du «  DHCP  » sur le réseau. En d’autres termes, le routeur tente d’attribuer une adresse IP aux machines qui s’y connectent, et les informe être la porte d’entrée et de sortie vers l’internet. Ce n’est bien entendu pas le cas, puisque c’est la box du FAI FAI Fournisseur d’accès à Internet (ISP en anglais, pour internet service provider). C’est l’entreprise ou l’association qui fournit une connexion à Internet. En Belgique, Proximus, Voo, Orange, Telenet, EDPnet sont des entreprises connues pour fournir des connexions au grand public. Il existe des FAI associatifs, plusieurs sont rassemblés sous la Fédération FDN (FFDN). En Belgique, Neutrinet est un FAI associatif. Ces FAI associatifs partagent généralement des valeurs communes, comme un fonctionnement démocratique et la défense et promotion de la neutralité du net (voir Neutrinet : faire de l’internet, au-delà de la technique). se trouvant dans le local technique qui assure cette fonction. Mais ça, les ordinateurs sur le réseau n’ont aucun moyen de le détecter…
Nous décidons de retirer un à un les nombreux câbles du switch, pour trouver, par élimination, le routeur fautif. À l’issue de l’opération, nous identifions quatre câbles d’où proviennent des requêtes DHCP, que nous laissons de côté pour permettre au réseau de fonctionner à nouveau, le temps d’identifier un à un les appareils problématiques dans les chambres.

Mohammed, malheureusement, fait partie de celleux dont la ligne posait problème… Nous l’accompagnons donc dans sa chambre pour vérifier la configuration du routeur qu’il y a installé, mais nous ne trouvons rien d’anormal. C’est en réalité un second routeur, installé pour son voisin de palier, qui s’avère défectueux et que nous remplaçons pour rétablir la situation.

«  Et d’un…  ». Mais que faire des trois autres câbles fautifs  ? Comment identifier les machines qui se trouvent au bout de ces câbles, dans cet immense bâtiment administratif ? Face à ces questions existentielles, nous optons pour une approche plus humaine : que les personnes qui n’ont plus internet se manifestent, et nous prendrons rendez-vous avec elles pour vérifier leur routeur.

Retour aux sources

Depuis quelques années, l’asbl Neutrinet installe des connexions internet dans des occupations de sans-papiers à Bruxelles. C’est dans ce bâtiment, que le collectif La Voix des Sans-Papiers occupe à Ixelles, que l’aventure a commencé, au moment du premier OFFDEM. Ce contre-festival est né en février 2020, au croisement des luttes, mêlant militantes du logiciel libre et des libertés numériques, et d’autres issues des pratiques décoloniales et inter-sectionnelles. Il s’oppose au FOSDEM, grand-messe annuelle du FLOSS (Free/Libre Open Source Open source
Open-source
On parle d’open-source pour caractériser des logiciels dont le code est ouvert, pouvant être lu, modifié 
et amélioré par toustes. En cela, 
les logiciels open-source s’approchent des logiciels libres. Toutefois, la communauté open-source voit l’ouverture du code sous l’angle pratique : elle facilite et rend plus efficace leur développement. Cela est donc très différent de la philosophie sous-jacente au logiciel libre, visant 
à garantir les libertés fondamentales 
des utilisateurices.
Software) à l’ULB, qui fait de plus en plus la part belle aux GAFAM GAFAM
Gafam
Acronyme reprenant les initiales des multinationales géantes du web (Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft). Le terme évoque par extension les problèmes politiques que posent ces compagnies : monopoles économiques, grandes fortunes des dirigeantes et précarité des conditions de travail des employées les moins qualifiées, omniprésence de leurs outils, rétention et exploitation des données personnelles, surveillance, capacité d’influence des décisions politiques et domination complète de la société numérique des câbles physiques aux contenus, des programmes aux appareils.
et à l’open source, plutôt qu’au logiciel libre et aux modèles alternatifs de société.

L’idée était alors simple : puisqu’il faut une connexion internet pour le OFFDEM qui se tient dans les espaces collectifs du bâtiment, il faut que celle-ci puisse servir aussi pour les habitantes du lieu. Et si l’événement ne dure qu’un week-end, la connexion internet restera tant que les sans-papiers seront là.

À l’époque, nous ne savions toutefois pas qui allait payer cette connexion internet. Neutrinet étant une petite association, elle ne peut pas se permettre de grosses dépenses. L’asbl parvient néanmoins à payer la connexion internet pendant deux ans… avant d’être contactée par l’asbl 100PAP qui cherche également à installer des connexions internet pour les sans-papiers.

Financer la lutte des sans-papiers sobrement

Depuis plusieurs années, 100PAP vend de la bière et des sodas pour financer les frais de logement (loyers, charges, assurances ou frais de rénovation), des sans-papiers. Mais au fil des ans, et plus encore à l’issue de la pandémie de COVID-19, l’accès à internet s’est progressivement imposé comme un besoin nécessaire des logements aux côtés de l’eau, de l’électricité ou du gaz.

Comme pour nous toustes, l’internet permet d’abord aux sans-papiers de communiquer avec leurs familles et de se tenir informées. Ensuite, dans un contexte où les guichets sont progressivement fermés ou accessibles uniquement via un rendez-vous devant être pris en ligne, l’accès internet est aussi devenu de plus en plus incontournable pour réaliser leurs démarches administratives et de régularisation. Cependant, plus encore que l’administratif, c’est l’école qui accentue la nécessité de l’accès internet dans les occupations. En effet, depuis plusieurs années, le numérique s’est imposé dans le domaine scolaire, devenant partie prenante des pratiques pédagogiques. Son utilisation est dès lors devenue essentielle pour suivre les cours mais également pour réaliser les devoirs et communiquer avec les enseignantes (voir le numéro 2 de Curseurs qui explore ces problématiques). Le manque d’accès internet des occupations pénalise donc fortement la scolarisation des enfants qui y vivent, alors que celleux-ci sont déjà impactées par d’autres difficultés.

Mais équiper les occupations en internet est loin d’être un travail simple. Dans la plupart des bâtiments, comme celui d’Ixelles, une simple box internet ne suffit pas à fournir un réseau wifi pour l’ensemble de l’immeuble et de ses habitantes. Des switchs réseau, des câbles et des antennes wifi doivent être déployés pour étendre le signal dans tout le bâtiment, ce qui suppose l’achat de matériel supplémentaire, leur installation et leur configuration.

Face à cette demande, 100PAP n’a ni le temps ni les compétences techniques pour déployer ce type d’installation bien que l’association dispose d’un budget pour subvenir à ces coûts et au paiement des factures une fois la connexion installée. À l’inverse, Neutrinet dispose de temps et de savoir-faire technique mais n’a pas les moyens financiers pour payer d’autres connexions internet. Une symbiose se crée donc : 100PAP prend progressivement en charge tous les frais liés à l’installation d’une connexion internet, y compris l’achat de matériel. De son côté, Neutrinet fait le suivi des commandes des lignes internet et vient installer le matériel dans les occupations.

Sur trois ans, différentes occupations ont été équipées, allant de la simple maison de maître avec une dizaine de personnes à d’anciens bâtiments administratifs accueillant une septantaine de personnes réparties sur plusieurs étages.

Mardi 24 septembre 2024. Anderlecht.

Quelques semaines après la panne d’internet à Ixelles, nous retrouvons Mohammed lors d’une réunion inter-occupations organisée par 100PAP à Anderlecht. L’objectif de ces rencontres ? Permettre aux représentantes des différents lieux de faire remonter les soucis auxquels iels font face, allant de la plomberie à l’électricité, en passant bien entendu par des radiateurs défaillants, mais aussi de voir si tout se passe bien et de célébrer les petites victoires. Devenu besoin fondamental, l’accès internet y est traité au même titre que le chauffage ou l’accès à l’eau courante dans un logement.

Une personne de l’asbl Rockin’Squat nous explique qu’iels sont quatre-vingts dans leur nouvelle occupation à Woluwe-Saint-Lambert, un ancien bâtiment administratif haut de huit étages. L’aménagement du lieu prend du temps car comme il s’agissait précédemment de bureaux, il est nécessaire d’aménager des douches supplémentaires pour que tout le monde y ait accès… Mais si les douches sont une priorité, la représentante est également là pour nous demander d’intervenir rapidement pour y installer internet. En effet, elle nous explique qu’il y a une vingtaine d’enfants sur place et que, sans internet, il est impossible pour elleux de faire leurs devoirs…

En attendant, iels se débrouillent : une dizaine de box Tadaam ont été placées un peu partout dans le bâtiment. Toutefois, ces boîtes n’apportent pas toujours une connexion stable et, surtout, ces connexions qui utilisent la 4G représentent un certain budget mensuel pour les familles. Il serait plus intéressant pour elles de mutualiser le coût d’une seule connexion internet dans tout le bâtiment, mais encore faut-il pouvoir acheter, puis placer le matériel… En effet, nous avons visité récemment cette occupation et, en raison de son architecture, nous estimons que huit antennes (une par étage) seraient au minimum nécessaires pour espérer couvrir, même partiellement, tous les étages du bâtiment – un budget assez important puisqu’il faut compter environ 100 € par antenne et l’acquisition d’un switch… C’est aussi pour cette raison que Rockin’Squat est présente : voir si 100PAP dispose d’un budget pour installer internet dans leur occupation.

Un autre représentant, cette fois pour une occupation de 130 personnes à Molenbeek, nous explique qu’après plusieurs mois d’occupation, iels viennent finalement d’obtenir une convention d’un an avec le propriétaire du bâtiment : une ancienne maison de repos [1]. Or, l’une des limites qui ont été posées par 100PAP et Neutrinet est justement de n’installer des lignes internet et du matériel que pour les occupations ayant une convention d’au moins un an. Celle qu’iels ont obtenue signifie donc pour elleux le feu vert pour nous solliciter en ce sens.

Au fil de la discussion, nous demandons à Mohammed s’il a encore eu des problèmes depuis notre passage. Il nous explique, ravi, que tout fonctionne bien, mais qu’il faudrait venir mettre des antennes wifi pour tout le monde comme dans les autres occupations, et retirer les routeurs wifi qui sont dans les chambres pour éviter ce type de problèmes à l’avenir. Il est en effet prévu que nous venions faire ce travail, mais nous essayons de traiter les urgences en priorité, comme les deux occupations (Rockin’Squat et celle de Molenbeek) qui n’ont pas encore de connexion internet.

Connecter les sans-papiers, 
en pratique…

En pratique, l’équipement des occupations pose plusieurs difficultés et défis techniques.

Visiter les lieux

Lorsqu’un collectif de sans-papiers fait appel à nous, nous commençons par établir une date pour visiter les lieux. Au vu de la taille de certaines occupations, il est nécessaire de visualiser l’architecture des bâtiments et de débroussailler de multiples questions. Où se trouve le local technique, et est-ce qu’on y a accès  ? Quels équipements sont déjà présents sur place  ? Combien d’antennes wifi faudra-t-il installer pour couvrir tout le bâtiment  ? Pourrons-nous couvrir tout le bâtiment, ou faudra-t-il faire des choix  ? Et s’il faut faire des choix, privilégierons-nous les espaces communs au détriment des chambres  ? Ou faut-il plutôt privilégier les chambres avec des familles des enfants scolarisés  ?

Nous essayons de faire les visites à plusieurs, pour être sûres de n’oublier aucune question. Dans certains cas, en fonction des budgets et des possibilités architecturales des bâtiments, toutes les chambres ne pourront pas bénéficier d’un accès internet. Il est donc important de définir, avec les habitantes, les zones à prioriser, une opération d’autant plus délicate qu’une forte inégalité d’accès à l’internet peut générer des tensions au sein de l’occupation.

Lors de la visite des lieux, nous imaginons déjà les différentes possibilités qui s’offrent à nous pour déployer les câbles auxquels se connecteront les antennes. La plupart du temps, il est nécessaire de tirer des câbles par nous-mêmes, soit parce que le bâtiment n’était pas équipé précédemment, soit parce que les câbles qui menaient aux étages ont été sectionnés, peut-être pour empêcher leur réutilisation, ou pour revendre le précieux cuivre.

Choisir un FAI

Une fois l’occupation visitée, la seconde étape consiste à passer commande pour obtenir une ligne, puis, dans la plupart des cas, à être présentes lorsque les différentes techniciennes des opérateurs procèdent à son activation. En Belgique, en effet, l’infrastructure réseau étant gérée par l’opérateur historique Proximus, il est nécessaire qu’une technicienne de cet opérateur vienne activer la ligne (et ouvrir le trottoir quand c’est nécessaire), même lorsqu’on commande une connexion chez un autre opérateur. Une situation qui engendre des délais parfois longs entre la commande d’une ligne et la possibilité pour les habitantes d’en bénéficier.

Si au moment du OFFDEM, nous avions pris une connexion auprès de Proximus pour l’occupation d’Ixelles afin de réduire les intermédiaires et d’avoir une activation la plus rapide possible, nous nous sommes rapidement tournées vers Edpnet, bien moins cher. Cependant, nous restions dépendantes du passage d’une technicienne de Proximus et nous étions confrontées à des délais entre la commande et son intervention — au point de nous demander si cela n’était pas volontaire de la part de l’opérateur historique. Mais surtout, nous nous sommes retrouvé..es à plusieurs reprises dans la situation d’attendre pendant une demi-journée quelqu’un qui n’est jamais arrivé… Manque de temps qui mène à privilégier les clientes Proximus  ? Ou peur d’entrer dans des lieux comme les occupations  ? Nous ne pouvons que faire des hypothèses, mais cette situation nous a conduit à trouver un autre opérateur, nous offrant plus de garantie.

À présent, nous passons donc par Verixi, qui se trouve être l’opérateur qui gère le datacenter où Neutrinet a installé ses serveurs, à Bruxelles. À la manière d’une marque blanche, Verixi nous permet d’avoir accès au réseau de Proximus pour la vDSL et la fibre, ou celui de Voo pour le coaxial, sans qu’on ait besoin de faire l’investissement d’un contrat pour plusieurs lignes internet. Et surtout, ce fournisseur d’accès internet propose ses services aux entreprises et non aux particuliers. Le passage d’une technicienne Proximus est toujours requis, mais les délais sont plus limités : la plupart du temps à une semaine d’intervalle. Et plus encore, nous avons un contact direct avec les technicien..nes, qui nous préviennent quelques minutes avant d’arriver sur place, comme cela se fait dans les milieux professionnels. Nous ne sommes dès lors plus obligées d’attendre dans l’occupation que le..a technicien..ne vienne : nous pouvons nous mettre en route dès qu’i..el nous contacte.

Équiper les sans-papiers comme des pros

De par la taille des occupations, la question de l’accès internet pour les sans-papiers se résume rarement, comme nous l’avons mentionné, en l’activation seule d’une ligne internet. Au contraire, équiper les occupations nécessite souvent une logistique digne de ce qui se fait dans le milieu professionnel. D’une part, les dimensions des bâtiments nécessitent d’étendre le réseau bien au-delà de l’endroit où est installée la box internet fournie par Verixi. D’autre part, les antennes doivent être en mesure de supporter un grand nombre de connexions simultanées et le débit de la connexion doit être suffisant pour permettre à plusieurs dizaines de personnes de surfer sur le web WEB Le web est un protocole spécifique de l’internet, permettant au départ d’accéder à des sites 
web ou des ressources spécifiques, notamment au travers d’un système d’hyperliens renvoyant vers ces ressources. en même temps.

Ces nécessités nous ont conduit à choisir pour les occupations un matériel utilisé dans les entreprises, plus performant que les équipements réseaux habituellement utilisés dans les habitations, bien que cela représente un investissement important en achat de matériel (pouvant dépasser jusqu’à 1000 € pour certaines occupations).

Au vu du nombre d’occupations, nous avons choisi d’uniformiser le plus possible les équipements. Ainsi, nous nous sommes arrêtées sur un seul modèle d’antenne wifi : des Mikrotik cAP ac XL, qui permettent l’installation d’OpenWrt, une distribution Linux Systèmes d’exploitation 
Système d’exploitation 
systèmes d’exploitation
système d’exploitation
Operating System
iOS
Android
Windows
Linux
macOS
Un système d’exploitation consiste en un logiciel qui permet à une machine d’exécuter d’autres logiciels. Windows, macOS ou Linux sont des systèmes d’exploitation pour les ordinateurs. iOS et Android sont des systèmes d’exploitation utilisés par les smartphones.
minimaliste prévue pour les équipements réseaux. Ce modèle d’antenne a aussi l’avantage d’être alimenté via son câble Ethernet — ce qui nous permet de centraliser l’alimentation électrique directement sur le switch — sans avoir besoin d’une prise électrique à proximité. Dans le jargon, on appelle cette technologie du PoE (Power over Ethernet). Cela coûte un peu plus cher, mais cela nous permet d’installer les antennes de la manière la plus efficiente possible, sans dépendre d’un accès au réseau électrique, souvent partiellement fonctionnel dans les occupations.

Toutefois, ce que nous implémentons au niveau du wifi peut être rendu caduque par la qualité de la ligne qui relie le bâtiment à internet, inadaptée à l’utilisation massive d’un grand nombre de personnes. Dans les entreprises, le problème est facilement résolu grâce à la fibre, laquelle permet des débits bien supérieurs à la vDSL. Malheureusement, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des connexions dites FTTO (Fibre To The Office), en raison de leur prix démesuré. Reste alors ce qu’on appelle la fibre GPON, qui se présente à Bruxelles sous forme de petits boîtiers noirs en façade. Celle-ci, bien que tout à fait abordable, n’est pas encore disponible partout. Pour le moment, nous n’avons pas encore pu installer la fibre dans les occupations où nous avons mis internet.

Du temps, des câbles, des bras

Mais si les choix et les savoir-faire techniques sont importants pour concevoir une infrastructure qui ait le maximum d’efficience, c’est aussi plus largement du temps et du travail humain qui permettent à ce projet de se réaliser.

L’installation des antennes implique en effet un réel déploiement de force  : dans les plus grandes occupations, il est parfois nécessaire de tirer des centaines de mètres de câble entre les étages, qu’il faut ensuite fixer aux murs à l’aide de colsons ou d’attache-câbles lorsqu’il n’est pas possible d’utiliser des conduits existants ou de passer par les faux plafonds. Il est aussi souvent nécessaire de percer certaines parois ou les sols entre les étages pour que les antennes prennent place aux endroits les plus stratégiques. S’ensuit le sertissage des câbles, un travail minutieux et fastidieux qui consiste à placer les huit brins de cuivre dans le bon ordre dans le connecteur RJ45. Puis, après avoir testé le câble et vérifié que le débit est correct, nous pouvons enfin venir placer l’antenne wifi et vérifier jusqu’où porte le signal. Si des zones ne sont pas couvertes, nous en informons les habitantes.

Au final, ce genre d’installation peut prendre deux à quatre heures par antenne, nous demandant parfois de faire plusieurs passages avant d’avoir une installation complète, des opérations qui peuvent prendre beaucoup de temps et d’énergie. Au-delà d’un travail technique, c’est aussi le temps que l’équipe de Neutrinet peut y consacrer qui permet de mener à bien ce projet.

Vers des lignes Neutrinet  ?

Certaines lecteurices auront peut-être levé un sourcil interrogateur en lisant ce qui précède… Des connexions commandées à Verixi  ?… Neutrinet n’est-il pourtant pas un fournisseur d’accès internet, membre de la FFDN  ? (voir notre article « Neutrinet : faire de l’internet, au-delà de la technique »)

Eh oui  ! Mais jusqu’il y a peu, les connexions internet proposées par Neutrinet étaient uniquement des VPN, destinés aux personnes qui pratiquent l’auto-hébergement auto-hébergement Mise à disposition de services accessibles par Internet depuis ses propres machines, contrairement à l’hébergement chez un prestataire. L’auto-hébergement nécessite une connexion à Internet et l’utilisation 
de logiciels (grâce à Yunohost, par exemple) qui permettent de diffuser et de partager toute sorte de contenus : mails, fichiers, vidéos, conversations instantanées, etc. , dans le but de contourner les restrictions imposées par les FAI commerciaux (par exemple, l’hébergement de mail est impossible chez les gros FAI). Ce n’est que récemment que Neutrinet a commencé à expérimenter le fait de pouvoir fournir des lignes fixes de type vDSL ou fibre.

Pour bien comprendre le rôle d’un FAI, il faut distinguer l’infrastructure réseau, bien matérielle, de sa partie numérique. Nous l’avons vu, en Belgique, Proximus est l’opérateur historique et a la charge de maintenir l’infrastructure réseau cuivre et fibre du pays (Telenet et Orange sont responsables du réseau coaxial). Ce sont ses techniciennes qui viennent connecter les habitations au réseau, installer de nouveaux équipements dans les rues, etc. Ensuite, n’importe quel opérateur peut venir se greffer à cette infrastructure pour gérer le transit des données sur le réseau. C’est là qu’Edpnet ou Verixi interviennent : ils fournissent une adresse IP à leur client et font transiter l’information jusqu’à leurs centre de données, avant de l’acheminer sur les autoroutes de l’internet.

À terme, nous prévoyons donc de faire passer les lignes des occupations de sans-papiers chez Neutrinet. Cela signifie que tout le trafic réseau passera par nos serveurs, à Bruxelles, avant de rejoindre internet. En tant que FAI, nous serons responsables en cas de requête judiciaire, puisqu’il s’agira de nos adresses IP. Cette responsabilité implique que nous devrons faire des choix politiques, tel que la garantie de la neutralité d’internet, qui est au cœur des valeurs que porte Neutrinet. Nous devrons aussi nous assurer de la légitimité des requêtes judiciaires. D’un point de vue technique, nous devrons optimiser nos interconnexions vers internet, ce qui est d’autant plus important pour des personnes qui ont besoin d’entrer en contact avec leurs familles, qui se trouvent la plupart du temps hors du continent européen. Et bien entendu, nous devrons faire en sorte que les connexions des occupations déjà équipées par nos soins restent bien fonctionnelles.

[1Suite à la pandémie de Covid-19, 
de nombreuses maisons de repos ont fermé 
et ont été mises en vente. À Bruxelles, ces bâtiments, disposant d’infrastructures adéquates (cuisines, sanitaires, etc.) sont louées par des sociétés d’investissement immobilier ou d’autres intermédiaires privés aux acteurs du sans-abrisme tels que Fedasil, le Samu Social, la Croix-Rouge ou le service public régional de Bruxelles. 
Lire à ce sujet la BD Pas de repos pour les bandits 
de Guillaume Lion, parue dans le numéro 
36 du journal Médor (p. 76 à 87).