Pourtant, au-delà des doutes de la science qui peine à établir des liens entre les champs électromagnétiques d’une part et l’électro-hypersensibilité d’autre part, il n’en demeure pas moins que les souffrances des personnes concernées ne peuvent être déniées. Si leurs symptômes restent médicalement inexpliqués, elles les attribuent bel et bien à une exposition aux champs électromagnétiques en provenance de diverses sources telles les GSM, les smartphones, le WiFi, le Bluetooth, les antennes-relais, les téléphones fixes sans fil DECT, les compteurs intelligents, les objets connectés, etc.
Alors qu’aujourd’hui les « zones blanches » non couvertes par les réseaux GSM ont été quasi totalement éradiquées et que notre environnement quotidien se remplit d’objets connectés, les personnes souffrant d’EHS, elles, sont bien là ! Leur nombre est estimé entre 5 et 8_% de la population selon diverses analyses. En extrapolant pour la Belgique, cela représenterait plus de 570 000 personnes selon l’AREHS [2], une association qui a pour but de faire reconnaître l’EHS comme handicap en Belgique. Leur objectif : permettre aux électro-hypersensibles de vivre, de se former, de se déplacer et de travailler dans un environnement électromagnétique qui leur convient. Car l’omniprésence des sources électromagnétiques contraint souvent ces personnes à mettre en place diverses stratégies pour diminuer leur exposition, ce qui les conduit non seulement à une adaptation de leur mode de vie, mais aussi à un isolement social et des interruptions dans leurs activités professionnelles.
Si les ondes sont invisibles, incolores, inodores, elles ne sont pas pour autant indolores. Et certainement pas pour cette part relativement importante de la population qui ne supporte pas la pollution électromagnétique et souffre de maux divers tels que maux de tête, troubles du sommeil, problèmes de concentration, fatigue chronique, troubles de la mémoire, acouphènes, ou encore troubles du rythme cardiaque pour ne citer que les principaux… Comme en témoignait Sarah Freres dans un bel article paru dans le magazine Imagine en 2022, quelques-unes de ces personnes hypersensibles se sont lancées dans « un combat “en mode avion” qui passe par la prévention, la sensibilisation et la démystification de cette pathologie discréditée » [3].
Outre-Quiévrain, quelques irréductibles gauloises se battent également contre ces mauvaises ondes. L’actualité récente pourrait leur apporter un peu de baume au cœur : en effet, divers jugements, dont le dernier devant la Cour d’appel de Riom (Puy-de-Dôme) ce 15 avril 2025 [4], donnent raison aux plaignantes qui ont ainsi obtenu l’enlèvement des fameux compteurs « Linky », ces compteurs communiquant que l’opérateur Enedis veut imposer partout dans l’Hexagone. Or, les tribunaux reconnaissent non seulement que ceux-ci sont une source de champs électromagnétiques, mais aussi que « si les valeurs d’émissions mesurées sont inférieures aux limites réglementaires applicables en France, il n’en demeure pas moins que ces champs électromagnétiques constituent une perturbation supplémentaire de l’environnement dans l’espace privé des abonnés reconnus électro-hypersensibles par les médecins ». Dès lors les tribunaux considèrent que « l’atteinte au droit à la santé des abonnés, qui est un droit absolu, constitue un trouble manifestement illicite, s’il résulte d’une méconnaissance du principe de précaution ». En conséquence de quoi Enedis est condamnée à l’enlèvement des compteurs Linky et est contrainte de délivrer une électricité exempte de tout Courant Porteur en Ligne (CPL).
Encore une fois, dans le cas du Linky en France, mais aussi des compteurs communicants – qu’on n’ose plus qualifier d’intelligents ! – en cours de déploiement chez les différents gestionnaires des réseaux de distribution belges, au nom du « progrès », et des facilités et performances promises par celui-ci, on assiste à nouveau à la numérisation de toute chose et de tout processus. Gardons cependant à l’esprit que ce que cette numérisation exige, c’est aussi et avant tout la collecte et le stockage de données. Et dans cet exemple, quand bien même lea consommateurice d’électricité aura été préalablement complètement informée de tous les usages de ses données personnelles auxquels iel a consenti, la question est de savoir s’iel aura la garantie absolue que lesdites données seront conservées à l’abri de toute utilisation non souhaitée ? Avec l’usage généralisé des solutions basées sur le « cloud Cloud On parle de « cloud » ou de « nuage » (en français), pour désigner une infrastructure logicielle ou de stockage hébergée ailleurs sur l’internet. Loin de l’imaginaire immatériel que le terme – et souvent les visuels utilisés – illustrent, ces services nécessitent des machines performantes et polluantes, hébergées dans des datacenters. On entend parfois que le cloud est « l’ordinateur de quelqu’un d’autre », cette expression souligne que les données qui y sont enregistrées se trouvent sur une machine appartenant à une autre personne, association ou entreprise. », l’historique des nombreuses fuites recensées au sein de diverses entreprises publiques ou privées incite malheureusement à répondre par la négative [5]…
