Les conversations qui ont mené à l’écriture de ces histoires furent traversées et animées par une multitude de questions que nous utilisons pour penser les thèmes des trois vignettes :
Comment la confiance inconditionnelle dans des modèles d’IA génératifs soutient-elle des logiques militaires ? Comment nos activités numériques, banales et quotidiennes, contribuent-elles à la solidification des opérations violentes propulsées par l’IA ? Quel changement de paradigme s’opère au sein des agences de sécurité et de renseignement, où l’accès aux données personnelles, commerciales ou institutionnelles, permet d’optimiser les protocoles d’apprentissage de l’IA afin d’analyser des photographies satellites, de transcrire des conversations, ou encore de traduire des textes tout en proposant des interprétations qui deviennent concrètement actionnables dans des contextes de guerre ?
Que cela veut-il dire que les pratiques extractives, les modes totalitaires et projections impérialistes de Microsoft Education finissent par établir un agenda gouvernant les imaginaires de ce qui peut être appris et enseigné ? Comment le personnel et les étudiantes pourraient-iels encore faire un usage tactique du terme conceptuellement erroné de technologie à double usage, et ce dans un effort de résistance au complexe industriel de la salle de classe ?
Comment faire face à la domestication des matériels informatiques de combat qui offrent des possibilités d’expériences de développement militaire de plus en plus accessibles, et à bas coût, où le double usage de ces systèmes est une caractéristique plutôt qu’un problème ? Quels nouveaux paradigmes émergent de la fusion logiciel-matériel comme moyen d’optimiser l’utilisation spécifique et non neutre, dictée par l’économie qui les a produits ?
Les vignettes indiquent différents points d’entrée dans un ensemble complexe de questions que nous gardons avec nous, tout en appelant à un changement systémique ici et maintenant, un composant informatique ou une licence de logiciel à la fois. Sans détourner les yeux de la destruction dont les technologies du quotidien sont complices, nous voulons continuer à nous unir dans des pratiques trans*féministes et anticoloniales, à expérimenter des pratiques abolitionnistes pour penser les infrastructures autrement, et à encourager une tactique de désinvestissement des plateformes pour rester alertes face aux oppositions binaires et brutales qui ne font que reproduire de profondes injustices.